Momus : Ça alors petit d’homme, tu chantes !
Saulino : Oui, Momus.
Momus : Eh bien quoi ?! Parle ou bien à mon tour j’entamerai une de ces danses dont j’ai le secret.
Saulino : Je l’ai vu Momus, celui dont « on » ne peut prononcer le nom.
Momus : Voldemort ?
Saulino : Non, Momus, tu ne fais plus rire personne. Ecoute, regarde, pense ; je l’ai vu comme je te vois.
Momus : Soit petit d’homme. Mais as-tu oublié d’où « je » viens ?, c’est tous les jours que j’ai affaire à lui. Décris-le moi donc, eh, pantin!
Saulino : Il est grand, il est petit, il est elle. Il est là, il est parti, l’oxymore, le pléonasme, la litote. Juif, ouigour, africain. Vert-jaune et il se boit.
Momus : Si tu dis vrai, compagnon, précise alors l’endroit d’où il - ou elle, "on" ne te suit plus - t’est apparu(e).
Saulino : Au barycentre, Momus, des antiques plaines Mongoles.
Momus : Et qu’en as-tu retenu, petit d’homme ?
Saulino : Le Nous impossible, Moi et la table des Rois. Ecoute, Momus, et désapprend à apprendre :
Petit 1…
Momus : C’est lui qui le dit.
Saulino : Petit 1 donc :
- « Je » suis l’indescriptible.
Petit 2 et j’arrêterai là ces préambules :
- « Je » suis l’imparable.
- L’autre est un « je ».
Momus : Et de trois.
Saulino : Quatre :
- Moi c’est « tu ».
- « Tu » c’est le mal.
- Le mal est inévitable.
Momus : Ça fait six petit d’homme, ne me dis pas que tu…
Saulino : L’inévitable c’est ce que l’ « on » doit éviter
- « On » est un âne
- Ce que l’ « on » doit, « je » le peux.
Momus : Une poule sur un mur qui picore du pain dur, picoti, picota…
Saulino : « Nous » c’est l’imbitable, de facto.
- « Vous », le Moi élagué.
Momus : Roulement de tambour.
Saulino : « Je », « nous », « vous » c’est-à-dire Dieu(x).
Momus : Oh là petit d’homme, je crains bien que cette fois-ci « on » ne te pardonne ces élucubrations déplacées. « Des schémas, des schémas, des schémas ! », ils hurleront à l’écureuil.
Saulino : Ainsi soit-il, Momus.
Momus : Amen…
Psellos : Hum hum.
Momus : Tiens !, un homme, constant entre tous - évidement - et consacré, cela va sans dire, par les Dieux.
Saulino : Viril oui et inconséquent.
Momus : Haaaa...Haaaa....
Psellos : Oui, Momus, là-haut aussi et contre toute attente "on" - l'âne voir L'islandais et Lucky - me presse à votre rencontre. Et puisqu'une seconde ici vaut pour des années là-bas, vois comme j'ai déjà en main la partie la plus noble de mon propos. Écoute donc, petit d'homme.
Momus : Tchoum !
Psellos : J'ai donc moi aussi, Saulino, vécu en des temps où le boeuf le disputait à l'écrevisse et où la plus scabreuse des tortues se prenait, non sans mal il est vrai, pour un lion à deux têtes. Le grand Orient se moquait alors ouvertement de notre science tandis que les miens, tel des porcs incontinents, s'attifaient de la plus odieuse des prétentions et toisaient la saine et pourtant puérile vertu des philosophes. Ainsi, s'il est beau d'aimer la magnifıscence de la maison du seigneur et le tabernacle de sa gloire, et de préférer maintes fois être méprisé dans celui-ci plutôt que de tenir d'autres sont bonheur reste que rien ne doit nuire à cette fın sacré ; que beaucoup d'injustice donc n'y concourent pas ; que les affaires publiques ne soient pas dans la confusion et que le corps de l'état ne soit pas abattu ! Car celui qui repousse l'offrande de la prostituée et qui rejette avec dégoût le sacrifice du criminel comme d'un chien ne s'approcherait en aucune façon d'édifices somptueux et sacrés qui sont la cause de beaucoup de malheurs. Ces hommes donc - les crabes de ton temps, petit d'homme-, savent faire de la philosophie dans les questions d'école ; ils savent les syllogisme du sorite et de personne mais, dans les oeuvres, ils ne savent pas précisément montrer un esprit philosophique.
Saulino : Quel est donc ce bâtard, Momus, qu'"on" rappelle à la vie ? L'injonction et l'homélie n'est-ce pas ce qui nous accable et, avant toute chose, l'indice le plus saillant de l'inversion vicieuse : l'âme sur le corps, le corps sur l'esprit et l'un sans l'autre ?
Momus : Mais si tu es incapable, petit d'homme, de saisir ce qui précisement fait de cet écrivain un homme de son temps et de trier parmi ses paroles, pour ainsi dire, le bon grain de l'ivraie c'est que tu ne vaut pas mieux que ces arrivistes que tu prétends malmener.
Psellos : Je m'attendais, Momus, étant plus que quiconque versé dans l'art de la rhétorique et de la vaine persuasion à cette réaction digne d'une âme que le saint perfectionnement mène du bout de ses cents doigts.
Saulino : Et flatteur avec ça ! Quel odieux personnage.
Momus : Tu n'as encore rien entendu petit d'homme, écoute donc ce qui va suivre.
Psellos : « Difficilles sont les belles choses », disent ceux qui parlent par dicton: S'il en est ainsi, la jalousie rampe même contre ceux qui détiennent le pouvoir, et si quelque part a poussé - je parle de ce qui généralement arrive dans toutes les circonstances - une fleur ou une d'une nature féconde, ou d'une grande noblesse de sentiments, ou de quelques autres qualités, sur-le-champ arrive le destructeur, et voilà coupée cette partie de la plante, et il pousse à coté des rejets qui ne donnent que du bois sans fruit aucun, et l'épine grandit, pullulant de plus en plus. Et il n'y a rien de surprenant si quelqu'un d'inférieur aux natures admirables a coutume ensuite de les regarder d'un mauvais oeil.
Momus : Ah ! C'est bien de toi dont il est question, Saulino! Le fond, la forme et l'inversion, tu saisi(e)s ?!
Saulino : Et comment dois-je prendre cette communauté fantasque, mes frères comme tu t'amuses à les appeler ?, un pacte artificiel et qui plus est presidé par le plus sournois des Dieux ? Toutes ces billevesées impressionnent peut-être les vieilles filles et les arrogant(e)s...
Momus : Pas du tout petit d'homme et je te le dis en matière de prophétie - et tu sais bien qu'en ce domaine "je" suis réellement imbatable. Continue donc, Psellos, et excuse cet ingrat, il ne sait pas ce qu'il mérite.
Psellos : Bon, pour tout dire, j'avoue que j'ai un peu de mal à saisir le pourquoi du comment du où vers quand de ce conciliabule. Mais les voix du ciel, si elles sont bien impénétrables pour de simples mortels, tonnent drues pour qui se propose messager des dieux. La plupart donc qui se sont occupés d'écrire l'histoire des empereur(e)s s'étonnent de ce qu'aucun(e) d'eux n'a eu jusqu'à la fin une bonne renommée : chez l'un(e), ce sont les belles années du début qui sont les plus belles ; chez l'autre, c'est la vie de la fin qui est la meilleur ; les un(e)s ont préféré la vie de jouissance ; les autres se sont d'abord appliqués en quelque manière à agir en philosophes, et puis, confondant leurs principes, sans ordre aucun, ont passé leur vie dans l'incohérence. Pour moi, je ne saurais m'étonner de cela ; c'est le contraire qui m'étonnerait, si jamais il se produisait chez quelqu'un. En effet, on trouverait peut-être jusqu'à la fin un particulier qui a suivi une seule et même ligne, et encore en est-il peu d'exemplaire ; car pour un particulier sont peut-être une condition suffisante pour la vertu les dispositions naturelles de l'âme et le bon commencement de la vie mais pour un empereur(e) ?
Suıvant cela donc l'âme des princes éprouve-t-elle le besoin de se montrer accessible à la douceur ? Cette disposition donne sur le champs matière à reproche ; s'abandonnent-ils à des sentiments humain ? On proclame leur ignorance ; s'eveillent-ils à la sollicitude ? On crie qu'ils se mêlent de tout ; font-ils un effort pour se défendre ? En viennent-ils à la sévérité ? Tout est colère, irritation, raillerie amère, et, s'ils veulent faire quelque chose en secret, plus facilement le mont Athos resterait caché aux regards de leurs actions : ils ne leurs suffit pas alors, d'avoir le diadème et le pourpre ; mais s'ils n'étaient pas plus sages que les sages et plus habiles que les habiles, pour tout dire d'un mot, s'ils n'étaient pas les sommets dominants dans toutes les vertus, ils considéreraient cela comme une chose indigne, et, s'ils ne nous étaient pas préposé(e)s comme des dieux, ils ne voudraient pas régner autrement. J'en ai vu moi-même, petit d'homme, qui eussent préféré mourir sans avoir le secours de personne que devenir fort(e) par elles ; et, alors qu'ils devraient s'enorgueillir de ce qu'une main secourable leur a été préparée par Dieu, eux, ils préfèrent la retrancher, parce que c'est d'elle que leur est venu ce secours.
Momus : Alors, petit d'homme ?
Saulino : Alors rien, Momus. Mais en attendant, m'autorises-tu à me declarer l'ennemi(e) des hommes, de ceux-là qui non content de ne retenir de leurs lectures que l'acte et le manque ainsi occupé se vantent d'autant plus de certaines d'entres-elles qu'ils ont - pire en cela que le plus sôt des ânes - buté sur chaque mot ? Et par la même de me flatter de l'amitié et de la sympathie des fous et des indigents ?
Psellos : Petit d'homme, j'anticipe peut-être mais je crois que tu saisis ce que nous essayons, Momus et moi, de te faire comprendre. L'empereur(e), tout divin qu'il est, reste un animal et l'homme est et restera cet animal qui varie aisément, surtout lorsque de puissants motifs à variation lui viennent du dehors. L'empereur(e) donc c'est toi, c'est toi et Momus, particulier universel s'il en est.
Momus : Et cette dissipation créatrice dont tu te fais le héraut ce sera bien entendu ce qui nous permettra d'éviter la moraline petite-bourgeoise et malsaine qui nous cause tant de tords.
Saulino : C'est l'hôpitale...
Psellos : Parfaitement petit d'homme.
Saulino : Ainsi soit-il.
Momus : Amen.
Saulino : Eh Momus, tu dors ?
Momus : Je profite du spectacle petit d'homme et je m'amuse énormément.
Saulino : Alors c'est bien vrai ce qu'on dit de toi ?, que des Dieux tu n'as en partage que l'arrogance de leurs condition sensible mais rien de la vertu nécessaire à qui sait le temps qui passe, j'entends la saine constance ?
Momus : Tu parles de temps qui passe Saulino et nous voilà encore une fois tous les deux, face à face, gueule à gueule et puis quoi?, le toucher ? Fais donc attention à ce que tu dis, petit d'homme, puisque tu sembles oublier que non seulement les dieux eux-mêmes doivent faire avec le vieillissement mais qu'il ne saurait surtout y avoir de retour, quelque soit le sens que tu donne à cette proposition. Ensuite, si c'est de cette prétention feinte dont il est question, que les Dieux ont en effet en partage - la raison de mon exil-, celle qui fait croire à untel, le capitaine, que l'image que vous lui renvoyée et celle qu'il doit incarner ne sont qu'une seule et même chose et qui fait des Dieux de simples statues mortelles et des caricatures de votre gouvernement alors oui, ce qu'on dit de moi est vrai. Mais tu n'es pas non plus sans savoir, Saulino, que sans moi le monde n'est plus le monde, les dieux les dieux et l'homme pas plus une bête qu'un héros diligent parce que le monde n'est pas le monde, les dieux les dieux, et les hommes des hommes et qu'il m'est impossible d'être tel que je suis. Je prends un exemple qui te parleras surement plus que n'importe quel autre et qui aura le mérite de conclure ce rêve que tu as imprudemment interrompu :
Avant mon exil et durant la grande ronde des imposteurs les uns donc, lubrique mais impuissant, opposaient la juste concupiscence à la fécondité jalouse et intrigante tandis que d'autres, mes rejetons indignes, dissertaient savamment sur les raisons de ma brusque disparition ignorant qu'ils me condamnaient par là-même à un mutisme industrieux et retors. Mais moi, Saulino, je suis venu vous enseigner que l'homme n'est pas lubrique et fécond mais l'un parce que l'autre et l'autre etc.
Saulino : Oui Momus je te comprends maintenant. A mon tour je m'endors et m'amuse de tes retournements. Mais laisse moi t'expliquer les raisons de l'inimité profonde qui te lie aux dieux. De même condition que ces immortels, tu ne t'es pourtant pas senti(e) dans le besoin de te signaler le jour de la grande distribution des êtres et des choses. Alors, déçu(e) de l'empressement de tes frères, de ce qui t'apparu(e)s comme la plus odieuse des velléités, c'est les nuisibles que tu as offert au monde, puces, moustiques, parasites en tout genre.
Momus : Et ce sont tes frères Saulino, ne l'oublies jamais. Mais viens en à l'essentiel, je connais tout cela.
Saulino : Ce qui te perd, Momus, c'est que bien que tu ne puisses pas ne pas être- ce qui nous différencie et malgré toi, te condamne-, l'être qui te saisi c'est celui qui n'est pas, je veux dire l'anticipation toujours annoncée de tes interactions possibles. Pour le dire autrement, si tu es bien celui qui ne peut pas ne pas être, imitant en cela les Dieux, celui que tu es c’est celui, celle qui, loin de s’abandonner à cette condition, lutte désespérément contre elle et congédie ainsi immanquablement l’assemblée d’un rire gras et souvent bien trouvé.
Momus : "Je profite du spectacle petit d'homme et je m'amuse énormément."
Saulino : Ainsi Momus, c'est l'assurance que tu retire aux dieux et qui à elle seul ne garantie pas la bonne marche de l'action mais au moins l'exécution des œuvres. Je ne m'en plaindrais pas d'ailleurs s'il n'y avait ces autres qui s'en réjouissent insolemment reconduisant ainsi l'arrogance de ceux pour qui prévoir, c'est agir. Tu as donc été chassé du royaume des dieux, Momus, bien que et parce que tu es aussi et peut être surtout l’irremplaçable, indispensable aux dieux, au Monde et aux hommes.
Momus : Je résume petit d'homme, le plus fidèlement du monde : tu me réveilles, je suis banni et patati et... patatrac. Si avec moi on ne décide rien comme tu le prétends, Saulino, pourquoi donc suis-je ici et non là-bas et toi là-bas et non ici ?
Saulino : C'est que je sais aussi que sans Fama, ta fille aux milles yeux et à la langue pendue née d'une union difficile, Hercule n'est rien. Et que je perçois dès lors l'imposture des héros et la sottise des Dieux. Avec toi donc, ce n'est pas « on » qui ne décide rien, c'est moi ou les dieux pris séparément. Mais reste que - tu en es d'ailleurs l’illustration et la preuve-, ce n'est pas pour autant que rien ne se décide. C'est donc, plutôt que de t'aimer, ce qui est impossible, de te haïr, ce serait défier l'élémentaire, ou te ressembler - puisque Seul, Personne le peut-, mains dans la main que nous irons toi et moi.
Momus : Dis, Saulino, et moi, moi, moi dans tout cela ?, que devrais je faire puisque je suis, si je te suis bien, l'indescriptible ?
Saulino : I am what I am.
[Un âne passe. Imagine.]
Momus : Tu fais rire les dieux, Saulino.
Saulino : Qui de nous deux ?, non je crois, Momus, qu'ici encore « on » te rappelle à l'ordre. Tu m'as posé une question, je te réponds le plus simplement du monde :
Tout à l'heure c'est endormi(e) que tu jouissais du spectacle, de mon ombre et de mon absence. Il y a en effet des "I am what I am" qui ne peuvent que te divertir et te plonger dans une langueur stérile étant eux-mêmes aveugle et sourd à ta présence. Bref, si je suis bien ce que je suis, ce sera avec toi et l'âne et personne d'autre, tous et chacun séparément. Puisque donc tu es bien l'indescriptible et que, comme je l'ai dit plus haut, tu ne peux pas ne pas être, je m’explique:
Le ce que que je suis, moi qui est le pouvoir de ne pas être, ce n'est pas quelque chose de particulier sans quoi je t'oublie et n'ai plus qu'à te laisser bercé – je ne dis pas berner Momus, je te respecte trop pour cela - par tel ou tel uniforme, de Niké à la burqa, comme si l'on pouvait (se) trouver et confondre ainsi parade lucide et exhibition ostentatoire. Ce ce que, ce n'est pas rien non plus puisque tu es, Momus, et que j'ai en horreur l'œil de Bœuf et la stature paresseuse. Ce ce que Momus, tu m'as compris(e), c'est toi, moi et l'âne; c'est la coïncidence du Même parce qu'il n'y a ni extérieur ni intérieur et que pourtant nous ne faisons que passer. (l’islandais)
Si d’ailleurs mes prédécesseurs insistaient sur la jonction des contraires c’est qu’eux aussi étaient de leurs temps. Mais comme je te l’ai dit en d’autres lieux, puisque « je » suis la Nature et que la Nature ne (se) (re) produit jamais à l’identique, puisque tout se perd et tout se transforme contrairement - ou plutôt, pour mieux dire- à ce que les Anciens en pensaient – ceux du précédent millénaire - tu vois bien pourquoi ceux qui tentent aujourd’hui de réactualiser le discours de ses sages sans en changer ne serait-ce qu’une virgule se trompent infiniment. Tu les verras donc perpétuer la fausse et vaine opposition entre ton monde et le Monde, discuter de la Nature et de ses écarts, t'inviter à te trouver toi-même - toi !, l'imparable ! -, puis se gâter en rituels stupides et inconséquents.
Momus : Le monde leur échappe, ils s’échappent du monde.
Saulino : Tandis que moi, le rituel qui me tient en vie, c’est de toi et de toi seul que je l’ai appris :
Une manière non-exclusive, c’est bien cela, Momus ?
Momus : Tout à fait petit d’homme mais ne t’égares pas pour autant. Si c’est bien un âne qui s’interpose entre nous, j’espère que tu ne vas pas, toi aussi, te mettre à disserter sur le labeur harassant et l’humble endurance. Ce serait en effet, si je ne m'abuse, plus qu’ironique puisque je suis, moi, Momus, de l’aveu des hommes et des Dieux, le seul et l’unique, l’improductif.
Saulino : Non, Momus, je ne mobiliserai pas ces vertus que tu mentionnes parce que tu as raisons lorsque tu rappelles à ces sénateurs croupissant que parler du travail, c’est déjà travailler. Incapable de dire si lorsqu’on les écoute ou les lit nous faisons œuvres utiles ou absolument l’inverse c'est conscient de leurs inconséquence que nous devrons accueillir leurs délibérations sur le sujet sans jamais les froisser - affable, toujours-, illustrant par l'exemple l'inanité de leurs propos et la justesse de notre raisonnement.
En d'autres termes compagnon, l’âne dont il est question ici c'est « on », c’est ce qui ne se laisse ni dire ni faire et qui pourtant toujours et partout existe en tant que résidu impossible, nécessaire et dynamique.
L’âne Momus, -ou, devrais je mieux dire, notre âne-, c'est ce qui (se) (ce) décide quand nous sommes, toi et moi, ce qui ne décide rien. L'âne donc, c'est l'information libérée, plate, neutre, dissipé et 'dissipante', c'est la coïncidence du Même telle qu'elle est : médiate c'est-à-dire immortelle, immédiate donc corruptible et vouée à l'usure bienveillante. A la différence donc du précédent, notre âne ne sera pas lourd de l'excédent des hommes mais ce sera, c'est l'excédent lui-même, l'homme, toi et moi.
Malheureusement, Momus, -tu le sais mieux que Personne-, les mots échappent, interrompus par l’incessant ressac, à qui tente l'improbable. Si donc je dis que cette information libérée, l'âne, "on" est voué à l'usure bienveillante tu dois comprendre par là que l'usure, c'est lui, l'âne, "on" à la fois le temps qui passe et ce qui passe du temps ; c'est toi et moi réunit, la coïncidence du Même.
Momus : Toi qui regrettais tout à l'heure la saine constance...en réalité c'est bien un piège que tu me tendais rendant ainsi encore plus inévitable notre amitié étant toi-même déjà convaincu du contraire. Oui, Saulino, tu n'as pas démérité la compagnie du plus corruptible des immortels.
Saulino : Et de l'âne, Momus, ne l'oublie pas puisque c'est avec lui que nous marcherons même si nous savons tous les deux que ce genres d'assertions n'a ici plus aucun sens. Tu t’en rendras compte d’ailleurs bien assez tôt, cet âne nous suit, nous devance et nous pousse en avant à chaque instant c'est-à-dire à chacun de nos instants, le tout entre parenthèse etc. Par conséquent, et je terminerais ainsi mon intervention, l'âne qui nous accompagnera et refrénera ce désire immodéré que nous éprouvons l'un pour l'autre, c’est Aridnyk réconcilié, c'est le mouvement, c'est le temps parce qu'il n'y a rien d'éternel, pas même la matière ; c'est l’opposition continue, c’est, si tu préfères, l'information émancipée, neutre et pourtant déterminée, c'est ce qui reste c'est-à-dire ce qui passe de ce qui est passé, ce qui (s')est passé de ce qui passe ; c'est toi et moi, Momus, mains dans la main- dissipation créatrice s'il en est. Nous seront donc trois, comme toujours.
Momus : Ah, Saulino !, je crois qu'enfin je vais pouvoir mettre un terme à mon errance laborieuse. C'est que j'ai failli me laisser prendre au piège de ce groupuscule qui se réclame de Gigès et dont la conclusion en réalité s'annonce déjà en creux dans leurs discours édifiants. L'homélie, c'est tout ce dont ces pauvres bougres sont encore capables. Ayant lu jusqu'au bout ce petit manuel, j'ai manqué de mourir de rire en m'apercevant qu'à défaut de propositions -mais avec toi, je comprends maintenant qu'il ne pouvait en être autrement - c'est aux consensus stérile et hypocrite que ses auteurs en appelaient. "Des relations libres et émancipées" voilà le leitmotiv, voilà le succès qui vient et l'affiche UGC. Ainsi, Saulino, écoute moi bien ; nous seront trois, oui, mais trois fois rien.
Saulino : Ainsi soit-il.
Momus : Amen.
Boltzmann l'hérétique se fait tataner la gueule par les Démons de Laplace et Maxwell. Le Démon de Laplace, divinité ancestrale dont le premier prophète fut Newton, connait exactement l'état de l'univers et peut donc en déduire toute son histoire passée et future. Le Démon de Maxwel est un peu plus malin: il ne se contente pas de tout savoir et tout obsverver, mais s'amuse aussi à intervenir de ci, de là. Fort de sa connaissance du monde, aussi parfaite que celle du Démon de Laplace, il peut remonter le temps, se jouant des probabilités. Boltzmann l'hérétique s'efforce de les nier et de les transpercer de la flèche du temps. Mais les Dieux ont la peau dure et le mathématicien ne peut pas se passer d'eux.
Tourist-Style
C'est en ces moments que l'homme ouvre les yeux et se demande: "Qu'est-ce-que je fous là?". En ces moments, la vie apparaît sous forme d'un immeuble dix-neuvième siècle s'exprimant en allemand et les feuillent mortes sous le soleil brulant ne se remassent plus à la pelle, elles restent par terre. Les fourmis continuent leur labeurs pestant sur les cigales et les cigales continuent de les narguer à grand coup d'oisiveté. L'homme, les yeux grands ouverts les regarde.
Was ist des Sinn des Lebens?
Einsamkeit
Seul au milieu des autres. Comme font-ils pour continuer de se lever tous le matins et pour trouver le courage d'aller se coucher tous les soirs? C'est au moment où l'homme lâche prise et se laisse tomber, emporté par la vie, qu'une douleur au ventre le prend le coeur libéré de la gravitation. Merci Newton, grâce à toi et à ton Dieu, l'inutile Démon de Laplace, que nos organes restent en place et que la gerbe reste dans l'estomac pour n'en sortir qu'en de rares instants de libération.
Darwin, Du hast dem Leben eine Richtung gegeben, aber keinen Sinn.
Darwin, Tu as donné un sens à la vie, mais pas de sens.
Was ist der Sinn des Lebens? Tel un Leitmotiv (un motif conducteur), ce mantra se cache derrière la cornée afin de rester toujours visible.
Activité Quotidienne
A l'heure où la productivité se chiffre en nombre, ou l'utilité s'objectivise, la pression sociale (dérivée du potentiel social par rapport au volume social) s'inhomogénéise créant ainsi un courant de chaleur spirituel entre le système et son environnement ("ensemble nous sommes le monde et le système n'est rien"). Néanmoins, en dépit de toutes les lois de la régularité, l'homme se couche tous les soirs pour se lever tous les matins.
Entropie Psychanalytique
La liberté n'est pas une illusion. Ni une revendication. Liberté d'expression, libre penseurs, indépendance d'esprit. Le hasard est un fait et la nécéssité est subjective. La preuve du pire c'est la foule et la réalité est une création de théologiens physicalistes qui n'ont pas compris qu'en fait, il étaient homosexuels.
Dans la famille divine, je demande le Chaton de Schrödinger, parce que regarder, c'est déjà agir. Ne rien faire, c'est déjà décider. À la masturbation intellectuelle suit la jouissance intellectuelle puis, la frustration et l'envie de dormir. Le scientifique croit observer la réalité, alors qu'il l'invente et est inventé par elle. Lui aussi se couche tous les soirs pour se lever tous les matins et aller au boulot.
Il a fallu sacrifier un hérétique sur l'autel de la pensée pour que sorte de la cuisine à Jupiter ce petit Chat mort-vivant, redéfinissant la notion d'état dans un langage que nos Démons ne comprennent pas. Observer, c'est agir. Spectacteur de cette performance, l'homme se contente d'applaudir, de pleurer, de jouir.
Je passe.
Accordéon
C'est sur un aire de java, qu'armé de son nez, l'homme pourra parler franchement comme seuls les français savent faire (exception culturelle, ça ne vaut pas que pour le fromage et le saucisson).
Notre père, donnez-nous aujourd'hui l'équation de ce jour.
Saulino : Écoute-moi bien l'islandais. J'ai suivi attentivement ta conversation avec la Nature et je crois que tu t'es laissé abuser par un sortilège que les gens de ton espèce réalisent chaque fois qu'ils tentent de s'en débarrasser :
Ce buste colossal que tu pris d'abord pour une statue de pierre ce n'est pas la Nature ; c'est toi.
Momus : Eh quoi Saulino !? Tu ressuscites les morts?
Saulino : Je parle aux momies qui parlent et aux statues laconiques.
Vois-tu, Islandais, si des esprits bien intentionnés ont pu en d’autres lieux te conseiller d'adorer les statues, tu aurais du exiger d’eux qu’ils te le répètent une seconde fois, puis une troisième, une quatrième et ainsi de suite jusqu'à ce qu'enfin, lassé de l'entretient, tu te dises, à part toi:
Non, décidément, une statue de pierre... ce n'est pas une statue.
Et si je pouvais dire l'un et l'autre, l'un comme l'autre, je te supplierais de (te) voir dans ce que la roche a de spongieux et le plus volatile des gaz d’indubitable.
Mais cela m’est, à juste tire, impossible.
Je te demande donc, Islandais, d'imaginer en lieu et place de la Nature, plutôt qu'un circuit de production et de destruction, qu'une roue immuable et fini, une sphère plate, une opacité univoque.
Pense à une épaisseur qui serait répartie de telle sorte que là où on (où elle) pourrait se courber et laisser entendre l'acte, (se) réfléchissait comme une brulure unidimensionnelle, perpendiculaire, écrasée et limpide.
Partout donc ou tu (te) trouve tu n’es rien, tu fais tout, tout se fait et l’univers est tout pour toi trouvé, dégradé, continu.
Et (ta) mesures (!) c’est l’infini.
Vice-versa et etc.
Tu vois donc pourquoi je soutiens que Dieu n'est qu'un fait et rien de plus, et pourquoi il te faut (t') adorer soi, le monde et les dieux.
Ainsi toute critique du mouvement qui ne viserait qu'à une simple conversion unilatérale, comme si la lenteur était affaire de décision, est nulle et non avenue.
Tu ne décides rien, l’islandais, mais tout ce qui se fait, tout ce que tu fais, te fait, se fait, défait et te défait
Tu es le mouvement et le mouvement c’est toi parce que tu es la nature et que l’univers ne se conserve pas.
Tu es, Islandais, comme tout ce qui est, l’inexcusable. Peu à peu quoique d’un seul coup.
Et parler c’est détruire. Se taire c’est détruire. Détruire c’est créer. Parler c’est créer. Se taire c’est créer. Détruire c’est se détruire, créer c’est se créer.
Tout ce qui est de ce qui est détruit est ce qui s’est détruit ; est.
Tout se perd, tout se transforme.
Le tout n’est pas.
Je dis, Islandais, celui-ci c’est celui-ci. Mais je n’ai jamais prétendu que celui-ci, c’est lui.
Si tu préfère et pour bien me faire comprendre, il faut que tu arrive à t’appréhender tel que tu (t’) appréhendes toujours : comme le tiers irréductible, le troisième homme.
Le troisième homme, Islandais, le tiers inclus, c’est toi et toi, c’est la Nature.
Et si tu me reproches l’imprécation c’est que tu ne comprends pas que ce qui est n’est pas mais passe et que ce qui est n’est rien d’autre que ce qui passera et ce qui est passé.
Et si tu me reproches l'imprécation, tu es la preuve et je suis l’argument.
Et je ne veux plus que tu désignes la vie comme les adultes niaiseux l’enfance.
Ce qui vit ne résiste pas à la mort.
Ce qui vit ne résiste pas.
L’enfant, par exemple, ne résiste pas à l'adulte comme à un passage douloureux mais c'est l'adulte qui se refuse à l'enfant et qui annonce alors la rupture consommée.
L’enfant, c’est ce qui n’est pas encore mort et déjà meurt à chaque instant.
Ce qui est mort enfin, ne l’est pas mais vie toujours dans ce qui est créé. Et ce qui est créé l’est de ce qui est détruit et ce qui est détruit l’est à chaque instant.
L’instant, c’est ce qui est détruit c’est-à-dire ce qui se crée et crée.
Tu n’es rien, Islandais, comme tout ce qui est. Et ce qui n’est rien n’est pas. Voilà pourquoi tu es, tu es l’état de ce qui va passer.
Tes déchets, c’est toi, ton environnement et tout ce qui est.
Ton environnement c’est toi, tout ce qui est et tout se qui est créé, se crée, détruit et se détruit.
Et toi même tu n’es, tu ne seras rien d’autre que le dernier déchet de ton environnement ; et ton environnement n’est pas un déchet mais l’univers et l’univers : la somme diachronique des déchets, le mouvement, tout ce qui est.
Ne méjuge pas, Islandais, ce que je me propose de te démontrer. Un déchet, ce n’est pas rien.
Un déchet.
C’est ce qui est créé de ce qui est détruit, c’est ce qui crée c’est-à-dire se détruit ; c’est toi, c’est la Nature.
Et l’univers, c’est toi et la Nature séparée, c’est l’état de ce qui passe quand tu es, toi et la Nature, l’état de ce qui va passer.
Je me répète, l’islandais, afin que tu n’oublies pas ce point essentiel :
Partout où tu (te) trouves tu n’es rien, tu fais tout, tout se fait et l’univers est tout pour toi trouvé, dégradé, continu.
Et (ta) mesures (!) c’est l’infini.
Et.
Et vice-versa.
Momus: Mais les lions affamés...
Saulino: Tu saisies donc que ce qui est n'a pas pour destin - tu m'as bien compris, Islandais, si l'univers ne se confond pas avec la vie, si tu es la Nature, tu es le destin et le destin n'est pas - ce qui est donc n'a pas pour destin de disparaitre mais tout ce qui est détruit, en réalité, se détruit et par la même se crée et crée.
Seulement, si on peut soutenir que tout ce qui (s')est créé de ce qui (s')est détruit s'oppose à ce qui (ce qu'il en) reste...
Momus : Nul d'entre nous n'est venue au monde sans une fente.
Saulino : Tu ne diras pas pour autant, Islandais, que se qui est ainsi créé de ce qui se détruit lui est irréductible, au sens de contraire. Ainsi l'ennuie est telle que tu le penses...
Momus: Ou la merde petit d'homme, ne m'oublie pas.
Saulino : L'ennuie donc est telle que tu le penses parce que tu le penses en pensée, parce que tu penses à un corps qui en serait comme l'enveloppe, la surface, le point de contact.
J'aimerais être le plus clair possible.
Que je ne t'entende plus invoquer "contraire !" et braire comme un âne maltraité.
Tu te demandes en effet, puisque selon toi ce qui est détruit souffre et ce qui est détruit ne jouie pas mais fini par être détruit à son tour, qui peut bien alors jouir, profiter de cette vie pitoyable de l'univers que conservent la souffrance et la mort et tous les élément qui le composent - ce sont tes mots, je n'invente rien.
Saches donc qu'en vérité ce qui est détruit crée et par là ce qui souffre jouie non par projection mais continuité.
L'univers ne se conserve pas par la souffrance et la mort - l'univers ne se conserve pas.
Ainsi ce qui est détruit crée et ce qui est créé se crée - détruit – et crée éternellement.
L’univers est dans son ensemble souffrance et mort, jouissance et vie : simultanément, séparément mais jamais en particulier.
Et c’est cette opinion fallacieuse, la tienne et celle de tes frères, qui engage la psychanalyse patriarcale et avec elle le sein pourrit de la Nature violenté.
Momus : Et d’où tiens tu, Islandais, que c’est à une femme que tu dois le jour de ta naissance – et avec elle, l’origine – si ce n’est de ta génitrice et de ses proches collaborateurs ?
Saulino : Et pourtant il faut bien que ta mère -tout comme toi-, ne fasse qu’un avec la Nature.
Je ne t’oblige donc pas, Islandais, à imiter ces œuvres puisque la Nature n'œuvre pas, puisque, quoique tu fasses, tu es la Nature.
Et si les mains parfois grattent, polissent, gravent, contemplent la roche imitant en cela l'usure du vent, de l'eau et de tout ce qui est, ne vas pas croire que la main de l'homme puisse se revendiquer du vent, de l'eau et de tout ce qui est.
Si l'homme bâtit des murs comme la terre les volcans, c'est que l'homme est ce mur et la terre ce volcan.
Momus : Tu parlais de sophistes ambitieux.
Saulino : C'est ta détresse, Islandais, cette petite inflation déplacée qui te fait croire que la Nature t’invite spontanément dans sa demeure alors que sa demeure, c'est toi, toi qui voulais fuir les hommes et qui projette par là-même ce pire que tu redoutais :
Ton ombre sur ton reflet.
Ainsi ceux qui sont pour toi ce que tu es pour eux continuent à persuader la foule -c'est-à-dire eux-même- de l'existence d'un dieu unique non pas factuel mais révélé, de celle des hommes - même remarque - et de leurs parenté commune :
‘Et les voilà qui créent le peuple et les barbelés, le rebours morbide et l'enfance indiquée.’
Momus : Debuisses dicere, vel elegantius (infinito antecedente subiunctivum) dicere debuisses : "Exellentia tua, eruditione tua, non datur, non conceditur mihi cum tuis dulcissimis musis ocium".
Saulino : Ceux-là seul sont contre-Nature puisque la Nature, toi-même, ne (se) (re)produit jamais à l'identique.
Maintenant donc que tu aperçois que l’âme est dans le corps comme le corps est dans l’âme tu pourras les surprendre parfois, si tu fais bien attention, qui(s)'éclatent transparent, mangeur-mangé, présence calquée, biaisée, râpée, bruyante : l'expression du vide.
Momus : Méduse ou Diane enchainée.
Saulino : Si tu veux guérir - parce que tu es malade, Islandais, et là encore je n'invente rien -, il faut que tu comprennes le sens de l'opposé continue ou supplément immanent :
Naissance sacrée, mortifère et festive. Joie inéluctable, désespérée.
Momus: L'art du moite .
Saulino : Et c'est de cette opposition continu que surgit la pluralité du monde, l'unité des mondes, le mouvement et le temps.
Mais si tu veux exposer à la fois l'acte, l'objet et la puissance, comprends enfin que de l’opposition continue rien ne saurait surgir comme d'un fond mystérieux.
C'est précisément d'ailleurs la définition de cette dissipation créatrice dont je voulais te parler.
Momus : Mais les momies n'ont pas d'oreilles.
Saulino : Ainsi soit-il.
Momus: Amen.
Découvrez John Williams!
Momus : Tu as raisons de dire que la nature, la vérité et l'ignorance sont voisines comme sont unis l'objet, l'acte et la puissance. Mais expliques moi maintenant pourquoi tu veux établir un rapprochement entre l'asinité et les sciences. Bien loin en effet que l'ignorance et la folie doivent se rapprocher de la vérité et cohabiter avec elle, elles devraient se trouver à une plus grande distance puisqu'il faut les joindre à la fausseté qui relève d'un ordre contraire.
Saulino : C'est que la sagesse créée - soi, le monde et les dieux-, ne peut appréhender la vérité sans l'ignorance ou la folie et, par conséquent, sans l'asinité qui les signifie. Aussi faut-il que cette sagesse créée soit médiatrice car, de même que dans l'acte de médiation concourent les extrêmes ou les termes, l'objet et la puissance, de même dans la sagesse créée concourent la folie et les sciences.
Momus : Montre moi maintenant que tes assertions sont vraies; car je te concède toutes tes conclusions.
Saulino : Je soutiens que...
Momus : Je te concède toutes tes conclusions...
Saulino : Je soutiens donc avec constance que l'âme de l'homme n'est pas différente en substance de celle des bêtes et qu'elles ne différent pas, sinon par la figure. Celle de l'homme est semblable par son essence spécifique et générique à celle des mouches, des huitres marines, des plantes et de tout ce qui se créé ou, - ce qui revient au même -, est créé : comme il n'est pas de corps qui n'ait communication d'esprit en lui-même. De là résulte que cet esprit, qui était dans l'araignée et y avait une certaine industrie, ces griffes et ses membres en tel nombres, ce même esprit, en ce qui nous regarde, acquiert une autre intelligence, d'autres aptitudes, instruments et actes. J'ajoute à cela que l'homme ne serait autre qu'un serpent s'il était possible qu'il vienne à contracter comme dans un tronc ses bras et ses jambes et si tous ses os s'unissaient pour former une épine dorsale. Il aurait alors un esprit plus ou moins vif ; au lieu de parler, il sifflerait ; au lieu de marcher, il serpenterait ; au lieu de se construire une maison, il se creuserait un nid ; et ce ne serait pas une chambre qu'il lui faudrait, mais un trou.
Momus : ...
Saulino : Pour te persuader que c'est la vérité, considère les choses par toi-même et imagine ce qui arriverait si l'homme avait deux fois plus d'esprit et si ses mains se trouvaient transformées en deux pieds, tout le reste demeurant dans son intégrité ordinaire ; dis moi ou pourrait subsister la relation entre les hommes. Et pourtant diras-t’on que leurs sort est, à tout prendre, moins enviable que le notre?
Momus : Ils seraient mus par une intelligence infaillible...
Saulino : Si elle est le principe naturel et prochain qui s'applique à la cause naturelle et prochaine, elle ne peut être extrinsèque et universelle mais intrinsèque et particulière.
Momus : Tu ne veux donc pas que l'intelligence universelle soit motrice ?
Saulino : Je dis que l'intelligence efficiente universelle est une pour tous; elle meut, dissipe et fait concevoir. Mais il y a en tout et en tous l'intelligence particulière, par laquelle chacun meut et est mu, dissipe et est dissipé, conçoit et est conçu. C'est ce qui nous fait tous sentir et par quoi nous sommes tous sensitif en acte et ce qui nous fait tous concevoir et par quoi nous sommes tous intellectif en acte. Par suite, il y a autant d'intellect particulier, passif ou possible qu'il y a de sujet; et il y a autant de degrés de complexions en espèce et en nombre qu'il y a, en espèce et en nombre, de figure et de complexion corporelle.
Momus : Et si je me refuse à appeler intellect cet instinct raisonnable ?
Saulino : Si tu ne veux pas l'appeler sens il faudra que tu imagines une autre puissance cognitive en plus de cette puissance sensitive et intellective.
Momus : Je dirai que c'est une efficace des sens internes.
Saulino : On pourrait dire alors que cette efficace est l'intellect humain. On est libre d'appeler les choses comme il nous plait, de limiter à notre guise les définitions et le sens des mots…et je suis tout aussi libre de dire que l'instinct de ce singe est plus digne que ton intellect.
Momus : Tu me flattes petit d’homme.
Saulino : Ainsi soit-il.
Momus : Amen.
- Si tu réfléchis, ô roi, tu verras que parmi les corps aussi il existe des incorporels.
- Lesquels ?
- Les corps qui apparaissent dans les miroirs ne te semblent-ils pas être incorporels ?
- Si fait, c’est divinement pensé.
- Mais il y a encore d’autres incorporels : par exemple ne crois-tu pas qu’elles existent, bien qu’elles soient incorporelles, ces formes qui apparaissent dans les corps non seulement des êtres animés, mais aussi des inanimés ?
- Tu dis bien.
- Ainsi les incorporels se réfléchissent-ils dans les corps et les corps dans les incorporels, c’est-à-dire le monde sensible - le contenu - se réfléchit dans l’intelligible et le monde intelligible – la forme - dans le sensible. Tu comprends alors pourquoi l’un, ineffable, est toujours présent et l’autre, raisonnable, absent à lui-même.
- "Je parle comme je parle" ?
- Qu’est-ce que la joie !, c’est tout ce que l’on peut dire. L’être n’exprime rien d’autre. C’est pourquoi adore et (donc) crée les statues, ô roi, et avec elles : soi, le monde et les Dieux.
"Parce que donc les hommes croient que les mots contiennent un effet moteur, nous répétons à ce propos que les sons produits en acte émettent des rayons comme le font les autres choses en acte, et qu’ils agissent sur le mode des éléments de la même manière que les autres choses individuelles.
De ce fait, lorsqu’il est prononcé en acte, le son émet des rayons d’une manière différente de ce qu’il ferait s’il restait sans signification pour les hommes.
Quelles que soient les manières envisagées par lesquelles ont été connus les formes des mots et le pouvoir qui leur est attribué, s’ils ont été prononcés avec une intention et une solennité adéquate dans les lieux et les temps opportuns, ils produisent ou empêchent les mouvements dans la matière appropriée, grâce aux rayons qui naissent de leurs prononciation et vont vers la matière, passive par nature. Et ainsi se produisent des prodiges dans les éléments, ainsi que des mouvements dans les choses individuelles, qu’il soit local ou d’un autre genre, ou encore l’empêchement de ce mouvement.
De même, le discours intelligible est parfois prononcé en psalmodiant, parfois en chantant, il est parfois composé en vers et parfois en prose, et il de même parfois prononcé justement et parfois à l’envers. Dans chacune des manières évoquées se trouvent des discours efficaces pour produire ou empêcher le mouvement dans certaines choses individuelles, s’ils sont prononcés avec la solennité appropriée.
De là vient le fait que certains mots, prononcés rituellement, modifient la sensation des animaux et des hommes en particulier. C’est aussi pour cela que différentes passions sont modifiées dans l’âme humaine grâce à la prononciation de mots ; comme par exemple la crainte, l’espérance, la joie, la douleur, et cela se produit de manière semblable dans les autres animaux.
C’est pourquoi l’on chasse de leur refuge, grâce à des mots, les scorpions, les loups, les lions, les rats et les mouches, et c’est de cette manière que l’on appelle parfois les animaux dans les lieux où ils attendent leur capture.
Mais d’autre part, bien que leur effet soit plus grand et plus facile dans une matière spirituelle, les mots prononcés avec la solennité requise ont cependant l’effet et la propriété de transformer tous les éléments en certaines formes nouvelles, ainsi que d’engourdir leurs formes naturelles afin qu’ils ne produisent pas ce qu’ils auraient effectué dans le cours ordinaire des choses.
En outre, la manière de parler produit parfois un effet, car souvent, en chantant ou en psalmodiant une proposition, celle-ci produit un effet qu’elle n’aurait pas eu si elle avait été prononcée de manière uniforme.
Bref, le désir humain est dans le cœur, qui est le centre d’où proviennent toutes les actions volontaires, et ce centre possède sa propre nature centrique, d’une certaine manière semblable au centre du monde. Car l’homme, individué par sa complexion propre, nait conforme au monde, puisque chaque partie du monde participe à son individuation. De là vient le fait que le centre du monde produit à sa manière une centricité dans chaque homme individuel, et même dans chaque animal. C’est pourquoi le centre de l’homme le dirige dans ses mouvements, comme le centre du monde dirige celui-ci à sa manière dans ses mouvements. Et c’est pour cela que les rayons qui proviennent de la propriété du centre de l’homme, c'est-à-dire de son désir, sont plus aptes à produire un mouvement dans la matière adaptée que les rayons qui proviennent d’autres parties de l’individu humain ou des propriétés de ces parties."
Al-Kindi
Saulino : As tu remarqué, Momus, ce que j’ai à te dire ?
Momus : Essaye toujours, pet foireux.
Saulino : Que notre monde est ainsi fait qu’aux récits de vie les plus éprouvées et à l’ubiquité commune répond, comme du dehors, l’accumulation inutile.
Momus : L’ego sans fond et l’homme sans l’homme ?
Saulino : Tu te moques Momus et tu me vexes.
Momus : Vas y petit d’homme, parle, ton foie s’impatiente.
Saulino : Ecoute donc ce qui va suivre. Tant que l’homme se respire il se sait l’ignorant, peut tout savoir et, par conséquent, tout se sait. Minerve brille d’un feu éclatant et cérémonieux. Alors, il n’est pas de « je » qui ne s’attife de quelques dorures célestes, cornes vivifiantes ou tiares miteuses. Les biographes n’ont pas encore quitté la chambre du roi pour les chiottes communes et l’orgie, Bacchus, pour son batârd stérile et humiliant ; Epicure le crasseux.
Momus : Tant que l’homme respire il se dit respirant.
Saulino : Aujourd’hui donc, il n’est pas un homme qui ne se raconte et ne sublime – quelle expression usagée! – une gifle infantile en une historiette édifiante et une circonstance pitoyable en une action héroïque.
« Qui est-il ? » se demandent les putains émerveillées,« Qui est celui qui chante, gratte, frappe, urine, chie, éjacule à vide et dont les yeux obscène parcours l’œil inversé ? »
Lui, c’est un moment du Vrai.
« Que fait-il, qu’a-t-il vécu ? »
Eh quoi ?!, s’il chante, gratte, frappe, urine, chie et éjacule à vide c’est bien qu’il doit avoir vécu.
« Et que chante t-il ? »
Qu’il a vécu évidemment.
« Est-il mort ? »
Non, vous le voyez bien, ne soyez pas stupides.
« Un autre alors ! Montre-nous-en un autre, petit d’homme ! ».
Et voila Momus comment Saturne le lubrique non seulement se pavane parmi nous mais surtout - comme un mal n’est jamais que l’exagération disproportionnée d’un bien - châtre, sans flétrir ni épuiser ses victimes, pour la seconde et dernière fois.
Momus : Je crois, Saulino, que tu te trompes. Je n’ai rien à voir avec ce monstre.
Saulino : Vas !, tu diras au Verseau que l’heure est venue et qu’il n’a que trop tardé.
Momus : Je dirais à Jupiter que tu veux lui ravir son mignon et il se mettra en colère. « Si les hommes ne sont plus des hommes » tonnera t-il « que Mars étreigne Vénus et que Vénus épuise Mars » et ce sera, ici aussi, la seconde et dernière fois. « Quant à Vulcain le boiteux, qu’il se console et se repose de son fastidieux travail. Privé de son cœur, c’est l’équilibre retrouvé. » Ainsi, après le père des Dieux et le bourreau des Titans, je me rendrai chez Diane où je te remplacerai. Je serai moi et tu seras elle.
Saulino : Fais comme bon te semble mais accorde-moi ceci : Si tu m’invoques l’Hercule facétieux ou le chaste imbécile… Je serai elle et toi ; Actéon.
Momus : Tu baves Saulino, sois prudent, je ferai ce qui se fera.
Saulino : Ainsi soit-il.
Momus : Amen.
Hermès : Je parlais, tout à fait au
début, de cette amitié avec les dieux dont les êtres jouissent par leurs
faveurs, j’entends ceux d’entres les êtres qui ont obtenu le bonheur suprême
d’acquérir cette faculté mêlée et divine ; l'intellection sensible.
Hermès : Non, Asclépius, ils n’ont
pas tous atteint à la vraie connaissance, mais, dans leur aveugle impulsion,
sans avoir rien vu de la vraie nature des choses, ils se laissent abuser et
entrainer à la suite d’une illusion qui enfante la malice dans les âmes et fait
monter le vivant – et entends moi bien, Asclépius, j’ai dis le vivant, je pense
le Tout et non l’homme seulement - jusqu’à la nature immodérée de Dieu et
tomber jusqu’à celle, phantasmatique, de la bête. Quant au sujet que je vais
traiter maintenant, Asclépius, je désire que tu y apportes, avec une attention
pénétrante, toute l’ardeur de ton esprit. En effet, si la plupart ne croient
pas à cette doctrine, elle n’en doit pas moins être reçue comme saine et vraie
par les âmes plus saintes.
